Why

WHY all this:

On a  sunny day, a long time ago, while hitchhiking my way in France an amazing guy picked me up. He had hitchhiked a lot himself, he told me, and he had even written a book to say that earth is one country only. 

I have myself travelled quite a bit since then. The inhabitants of this country earth, I always enjoyed meeting them, and sometimes photographing them (always with respect). Like this guy, I found that they are part of one and the same country, our beautiful (but abused) planet, of one and the same family, the humans, sharing the same feelings everywhere.

One day, during my first trip to Katmandu, I felt the desire to be creative, so I rented (against a lot of rupees + the identity card on deposit) a fairly good Nikon and a 24 mm to photograph under ganja. The result was surprising, to say the least. But it was a little later, while photographing (and reading with great delight some poems of Chattopadhyay) on the ghats of Calcutta along the Hooghly river (a little downstream from Howrah Bridge, on the left bank), that I discovered this “pattern” in which people always move, realizing so that photography could be more than documentary, it could be aesthetic (if no other word)… and provoke a kind of happy exhilaration.

Boundaries being constructions (physical and mental) conveying the illusion of a difference (“What is one is one, what is not one is also one”, said Chuang Tsu), it is only for convenience, to facilitate the navigation on this site, that these people I have photographed, I have « classified » them according to the place where we met.

My photos (All images © 2019-2022 Marc Delforge) are the result of what I see. They are important to me, they help me to see and feel more but I must say that they are taken with some nonchalance and never with the idea to demonstrate (“Beyond the immediate reality there is nothing”, said Fernando Pessoa, quoting his heteronymous Alberto Caeiro), nor to prove something. The only command I obey is the one my eyes give to the index finger.

I am just looking for the beauty, the touching, the elegant, the distinguishable (those essential moments), I have (almost) never a preconceived idea, I simply photograph what I find remarkable and with as little distance (in both meanings of the word) from the subject as possible. But here what does it mean  « remarkable » to me ? I am still looking for a satisfactory definition. As long as I search I will take some days my Leica to go out.

Except in conceptual photography (which does not concern me), very few good photos can only be taken in colour. I therefore photograph directly in black and white, when it is a matter of expressing what cannot be said or described completely. And what is more indescribable than the human being?

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Un jour d’été, il y a longtemps, un gars étonnant ma pris en stop en France. Du stop, il en avait fait beaucoup lui-même et avait même écrit un bouquin pour dire que la terre est un seul pays. 

Ce pays-là qu’il avait exploré en tous sens le pouce en l’air, je l’ai aussi pas mal parcouru depuis, plus classiquement que lui certes. Et ses habitants, j’ai toujours bien aimé aller à leur rencontre, et parfois les photographier (avec respect, bien entendu). Moi aussi, je trouve qu’ils font partie d’un seul et même pays, notre belle terre (tellement malmenée), d’une seule et même famille, les humains, avec partout les mêmes sentiments.

Les frontières étant des constructions (physiques et mentales) véhiculant l’illusion d’une différence (« Ce qui est un est un, ce qui n’est pas un est également un », rappelait Chuang Tsu), c’est uniquement par commodité, pour faciliter la navigation sur ce site que ces gens que j’ai croisés,  je les ai « classés » selon leur nationalité. 

Un  jour, lors de mon premier voyage à Katmandu, ayant soudain envie d’être créatif, j’avais loué (contre pas mal de roupies  + la carte d’identité en dépôt) un assez bon Nikon avec un 24 mm pour faire des photos sous ganja.  Le résultat fut pour le moins surprenant. Mais c’est un peu plus tard, en photographiant (et en lisant avec une certaine euphorie quelques poèmes de Chattopadhyay) sur les ghats de Calcutta le long de la Hooghly river (un peu en aval du Howrah bridge, sur la rive gauche), que j’ai découvert enfin ce “quadrillage” dans lequel les gens se meuvent toujours, et réalisé que la photographie pouvait être plus que documentaire, elle pouvait être esthétique ( à défaut de meilleur mot)… et provoquer une sorte d’ivresse heureuse.

Mes photos (All images © 2019-2022 Marc Delforge) sont le fruit de ce que je vois. Elles sont importantes pour moi et m’aident à mieux voir et ressentir (tel l’exote de Segalen) mais je dois dire aussi qu’elles sont prises avec une certaine nonchalance et jamais dans l’idée de démontrer (« Au-delà de la réalité immédiate il n’y a rien », disait Fernando Pessoa, citant son hétéronyme Alberto Caeiro), ni de prouver quoi que ce soit. Le seul ordre supportable pour moi est celui que l’œil donne à l’index. 

Je poursuis simplement ce que je considère comme beau, émouvant, élégant, particulier (ces moments essentiels), je n’ai (quasi) jamais d’idée préconçue, je photographie ce que je trouve remarquable, tout simplement, et cela, avec le moins de distance possible (dans tous les sens du terme: près et prêt. Mais que veut dire remarquable pour moi dans ce cas ? Je cherche encore une définition satisfaisante. Tant que je chercherai, je prendrai certains jours mon Leica pour sortir.

Hormis en photographie conceptuelle (ce qui ne me concerne pas), très peu de bonnes photos ne peuvent l’être qu’en couleurs. Je photographie donc directement en noir et blanc, quand il s’agit d’exprimer ce que l’on ne peut dire et décrire totalement. Et quoi de plus indescriptible que l’humain ?